Nouvelle publication dans Scientific Reports sur les groupes sanguins des premiers Homo sapiens et leur migration en Eurasie

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Sapiens et groupes sanguins

Il y a plus de 45 000 ans, les premiers Homo sapiens ont conquis l’Eurasie, oĂą vivaient encore les populations archaĂŻques de NĂ©andertal et Denisova, jusqu’à leur extinction il y a environ 40 000 ans. Bien que la dĂ©couverte des restes de ces premiers Homo sapiens ait fourni Ă  la communautĂ© scientifique des gĂ©nomes de qualitĂ©, leurs systèmes de groupes sanguins n’avaient encore jamais Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©s. 

Une Ă©quipe pluridisciplinaire de notre laboratoire Anthropologie bio-culturelle, droit, Ă©thique et santĂ©, en examinant les gĂ©nomes anciens disponibles, a pu dĂ©terminer leur profil gĂ©nĂ©tique pour dix familles de groupes sanguins diffĂ©rentes, telles que ABO et RH, communĂ©ment appelĂ©es « RhĂ©sus Â». Cette Ă©tude a Ă©tĂ© publiĂ©e dans Scientific reports : https://www.nature.com/articles/s41598-024-83023-0

Nos chercheurs montrent qu’Homo sapiens a connu une diversification gĂ©nĂ©tique intense après sa sortie d'Afrique il y a 60 000 ans, probablement au Moyen-Orient, avec une palette de groupes sanguins totalement nouvelle. Certains de ces groupes sanguins sont aujourd’hui exclusivement rĂ©pandus en dehors de l’Afrique et sont portĂ©s par près de 40% des personnes en Eurasie. 

Le plateau Perse, connu pour ĂŞtre le creuset de certaines lignĂ©es gĂ©nĂ©tiques et de nombreuses cultures matĂ©rielles archĂ©ologiques d’Eurasie, aurait jouĂ© un rĂ´le crucial comme « incubateur Â» de ces nouveaux groupes sanguins. Cette transformation rapide et profonde du patrimoine sanguin humain tĂ©moigne de l'extraordinaire adaptabilitĂ© de notre espèce face aux nouveaux environnements rencontrĂ©s lors de son expansion Ă  travers le monde.

Ce travail suggère Ă©galement que le peuplement de l'Eurasie par Homo sapiens est loin d’avoir Ă©tĂ© un processus linĂ©aire et continu, mais plutĂ´t une sĂ©rie de vagues de colonisation entrecoupĂ©es d'extinctions locales, de remplacements et « d’impasses Ă©volutives Â». En particulier, l'individu sibĂ©rien de Ust'-Ishim, datĂ© d'environ 45 000 ans, possède des groupes sanguins uniques qu’on ne retrouve ni chez les populations europĂ©ennes prĂ©historiques plus rĂ©centes, ni chez celles d’aujourd’hui. Ce modèle de « stop-and-go Â» dĂ©mographique met en lumière la vulnĂ©rabilitĂ© des premières populations humaines face aux nouveaux milieux parcourus, mais aussi la complexitĂ© de notre histoire Ă©volutive en Eurasie. Cette Ă©tude confirme celles publiĂ©es en 2024 dans les revues Science (Iasi et al.) et Nature (SĂĽmer et al.).

En outre, elle dĂ©montre que les NĂ©andertaliens ont conservĂ© des groupes sanguins ancestraux pendant 80 000 ans, comme les gardiens d'un hĂ©ritage sanguin unique, figĂ© dans le temps. Ceux-ci se caractĂ©risent notamment par un groupe sanguin « RhĂ©sus » unique, aujourd’hui retrouvĂ© en OcĂ©anie, grâce auquel les auteurs ont pu mettre Ă  jour le schĂ©ma Ă©volutif. Ils rĂ©vèlent ainsi que le gène de ce « RhĂ©sus Â» rare s’est incrustĂ© dans le gĂ©nome des Homo sapiens par mĂ©tissage, au sortir de l’Afrique, qui ont ensuite choisi la route cĂ´tière sud vers l’OcĂ©anie. 

Plus important encore, la dĂ©termination du « RhĂ©sus Â» nĂ©andertalien Ă©claire l'origine de certaines formes de groupes sanguins rares que l’on peut rencontrer de nos jours lors de transfusions sanguines et de grossesses et qui peuvent s’avĂ©rer lĂ©tales si elles ne sont pas surveillĂ©es. C’est le cas des variants partiels du système "RhĂ©sus", dont le profil nĂ©andertalien fait partie. 

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Illustration sapiens groupes sanguins

Neandertal et Homo sapiens ont des groupes sanguins distincts. Après sa sortie d’Afrique il y a 70 Ă  60000 ans,  Homo sapiens s’installe sur le Plateau Perse oĂą il connait une phase de maturation gĂ©nĂ©tique. Probablement Ă  la mĂŞme pĂ©riode et au Proche orient oĂą Neandertal est prĂ©sent, des sapiens rencontrent Neandertal et incorporent une partie de leur ADN, dont un des gènes du RhĂ©sus. Les sapiens du Plateau Perse se rĂ©pandent en Eurasie avec de nouveaux groupes sanguins alors que ceux du Moyen Orient progressent vers le Sud de l’Asie, diffusant le RhĂ©sus Neandertalien en OcĂ©anie. 

Références

SĂĽmer, A.P., Rougier, H., Villalba-Mouco, V. et al. Earliest modern human genomes constrain timing of Neanderthal admixture. Nature (2024). https://doi.org/10.1038/s41586-024-08420-x

Iasi LNM, Chintalapati M, Skov L, Mesa AB, Hajdinjak M, Peter BM, Moorjani P. Neanderthal ancestry through time: Insights from genomes of ancient and present-day humans. Science (2024). Dec 13;386(6727):eadq3010. doi: 10.1126/science.adq3010.


Référence de l’article

Mazières S, Condemi S, El Nemer W, Chiaroni. Rapid change in red cell blood group systems after the main Out of Africa of Homo sapiens. Sci Rep. 2024 Dec. doi: 10.1038/s41598-024-83023-0. 2024